Avril 2000, p. 46-47
Labrèche, Marie-Sissi
J'craque pour toi mon Bruno!
Des cheveux orange et jaunes ébouriffés. Un air de petit bonhomme sorti tout droit d’une boite à surprise. Pour moi, Bruno Blanchet (La fin du monde est à 7 heures et Radio Enfer) est un des gars les plus sexy de la télé. Et ne te fie pas à son allure de clown, car ce comédien prend l’humour très au sérieux.
Le roi de la farce
La première passion de Bruno Blanchet est sans contredit l’humour. Il l’a dans le sang. Mais, au fait, quand ce Montréalais de 35 ans s’est-il aperçu qu’il pouvait faire pouffer la galerie? "Je ne sais pas. Honnêtement, avant que je me trouve drôle, il y a eu plusieurs personnes qui m’ont fait rire: par exemple, les Monty Python et Andy Kaufman. Tu sais, Oliver Stone a fait un film sur la vie de Kaufman, L’homme sur la Lune, avec Jim Carrey. Quand j’étais jeune, je ne savais pas trop vers quoi me diriger. Je faisais de la sculpture et de la peinture, mais ça finissait toujours par être drôle. J’avais un band, et c’était la même chose. Un jour, j’ai découvert qu’on pouvait faire quelque chose de beau et que ça pouvait être drôle." Mais comment Bruno fait-il pour être toujours aussi crampant? "Gilles Latulippe a déjà dit qu’il n’y a que 10 gags, et je le crois. Moi, je ne me trouve pas nécessairement drôle, mais j’ai adopté un langage qui me va bien. L’humour, c’est une question de rythme. Ça comporte aussi une part de risque et ça exige un grand don de soi. Il faut savoir se mettre à nu dans l’humour." Ou en collant!
Le plaisir des mots
Bruno adore écrire. "Tout ce que j’ai joué, je l’ai écrit, sauf trois épisodes de Radio Enfer. Mais ce n’est pas évident de voir ce qu’on a écrit à la télé. Chaque fois, je suis terrorisé. D’ailleurs, je ne suis pas capable de me voir à la télé. Pourtant, j’ai un fun fou à faire ce que je fais, mais le voir, c’est dur." Tiens donc, qui se serait douté que ce gars, d’un comique absolu, se tracasse ainsi? Cela explique peut-être qu’il soit si bon! Bruno écrit pour le plaisir des mots. "L’écriture me transporte plus que la lecture. D’ailleurs, je serais bien embêté de dire quels sont mes livres favoris. Je préfère les ouvrages de référence, comme les dictionnaires, à la fiction. J’écris de la poésie et des chansons. Il y a des soirs où je m’applique à un paragraphe et où je le travaille sans relâche. Pourquoi? Pour absolument rien."
À fleur de peau
Décidément, Bruno n’a pas fini de nous étonner! Celui qui semble être tombé dans la marmite de l’absurde quand il avait trois ans devient sensible et sérieux lorsqu’il parle d’art. "J’adore les livres d’art, en particulier ceux sur le dadaïsme et le surréalisme; je capote là-dessus. J’aime aussi beaucoup l’art contemporain." En fait, il aime l’art à un point tel qu’il est déjà allé à New York et à Madrid juste pour voir des expositions. "Devant la beauté de certaines œuvres, il arrive que des gens perdent les pédales. Ces personnes souffrent de ce qu’on appelle le syndrome de Stendhal. Eh bien, je suis persuadé qu’un jour je vais moi aussi en être atteint. J’ai déjà pleuré devant certaines œuvres. Par exemple, au Louvre, j’ai passé une heure devant le David de Michel-Ange. C’était tellement beau!" Et son peintre préféré? "Duchamp. Il est un peu l’instigateur du cubisme. Il a conçu une autre façon de voir l’art. Selon lui, l’art est un choix. Donc, quand le peintre prend une couleur sur sa palette et qu’il l’applique d’une certaine façon sur un support, il fait un choix en tant qu’artiste, et ça devient une œuvre d'art. Alors, Duchamp est allé dans une quincaillerie, il a acheté une pelle et il l’a exposée! Les théoriciens en sont restés bouche bée. Un jour, il s’est arrêté, car il prétendait avoir tout dit en tant qu’artiste. Il a passé les 40 dernières années de sa vie à jouer aux échecs. Quel personnage!" Et cultivé en plus, ce Bruno!
Beck et Cie
"Au début des années 80, j’ai assisté à de nombreux spectacles: The Police, Iggy Pop, The Clash, U2... Je vivais en fonction de la musique. Je me tenais avec des gens qui écoutaient la même chose que moi. Je faisais des partys de musique." Et qu’écoute Bruno aujourd’hui? "J’adore être surpris. C’est probablement pour ça que j’aime Beck. C’est un gars qui ne se répète pas. J’aime aussi le personnage, je le trouve très drôle. Il ne sait pas danser et il niaise. J’ai l’impression qu’il s’amuse beaucoup. En fait, j’espère que c’est le cas, sinon c’est qu’il s’aime terriblement." Et à part Beck? "J’écoute de plus en plus de la musique instrumentale: Godspeed You Black Emperor, Mogwai, The Flaming Lips, Moby..." Avec des groupes pareils, pas étonnant qu’il achète ses DC à L’Oblique, la meilleure place en ville pour trouver des perles de musique alternative. Ah oui, j’oubliais, Bruno est en train de former un groupe punk. Son nom? Caillot!
Fin gourmet
Côté bouffe, Bruno donne dans le raffiné. "J’adore manger de l’oursin et des sushis." Ses deux restos préférés sont Soto et Miyako. "J’aime aussi beaucoup la cuisine thaïlandaise, même si je ne suis pas un expert. Un très bon endroit pour ce type de bouffe, c’est le Pacific. La dernière fois que j’y suis allé, j’ai mangé des espèces de raviolis extraordinaires et des petites crêpes au canard. Wow! Il y a aussi le Zen, que je trouve très bien. On y sert de la nourriture chinoise. Quand j’y vais, je prends le menu dégustation. Ça coûte 27 $, et on peut goûter à tout ce qu’il y a à la carte." Et quand il lui arrive de manger autre chose que de la nourriture orientale, où va-t-il? "Une place où on peut manger comme un cochon, c’est à L'Avenue. Les jus et les déjeuners sont formidables!"
Carnet d'adresses
L'Avenue: 922, av. du Mont-Royal Est, Montréal
L'Oblique: 4333, rue Rivard, Montréal
Miyako: 1439, rue Amherst, Montréal
Pacific: 837, av. du Mont-Royal Est, Montréal
Soto: 3527, boul. Saint-Laurent, Montréal
Zen: 1050, rue Sherbrooke Ouest, Montréal
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