Enseveli de mousse jusqu'aux oreilles, Bruno Blanchet répond aux questions de la journaliste dans un costume d'Adam mouillé dernier cri. (NDLR: La journaliste a posé ses questions habillée à côté de la baignoire.) Après tout, cet apôtre de l'absurde qui a un faible pour les talons hauts ne s'apprête-t-il pas à animer l'émission la plus débridée de la saison?
Diffusé à Radio-Canada tout juste après la mythique Soirée du hockey, son On fait ça seulement le samedi soir risque de faire oublier en deux temps trois niaiseries les défaites du Canadien. Sur papier et dans la bouche du principal intéressé, le concept de l'émission (cosigné Stéphane Laporte) a tout pour faire sortir le méchant: sketches livrés devant public, équipe régulière de comédiens qui excellent dans l'incohérence (Alexis Martin, Sylvie Moreau et Pierre Lebeau), invité musical tous les week-ends, band maison féminin...
Vous pensez à Saturday Night Live? Tut, tut, tut! "On fait fa seulement le samedi soir est un mélange de glamour et de Sol et Gobelet, corrige l'ébouriffé. Un Bye Bye 1976 avec un décor kitsch et géométrique, un grand escalier, des changements de costumes, beaucoup de textes à écrire et à apprendre. C'est un gros véhicule à partys. Nous ne voulons pas une structure rigide ni nous cantonner dans un type d'humour. Nous allons marier les genres pour nous renouveler constamment et surprendre les gens. Ça prenait juste un fou pour accepter quelque chose comme ça. Car le concept ne repose en fait sur rien de très solide. J'ai écrit des choses, il y a quelques mois, et je réalise aujourd'hui qu'il va falloir que je les joue!"
La fin du monde risque désormais d'être le samedi soir... Disciples du p'tit bonhomme pas d'cou, de Lara «Ouuuuu, aaaaaa» Fabian et de Mimo, agenouillez-vous! Bruno Blanchet a invité ses loufoques personnages à se contorsionner dans le studio 42 de Radio-Canada. Pas par manque d'imagination ni par nostalgie. Simplement parce qu'ils sont devenus, le temps de trois intenses années de Fin du monde..., une extension de son cerveau. Qu'ils sont toujours en accord avec sa philosophie en matière de gags télévisuels. "On ne demande pas à un plombier de faire de la sculpture du jour au lendemain, dit le fan de Monty Python. La Fin du monde... n'est pas vraiment terminée. Cette émission a donné naissance à beaucoup de choses et on s'y sentait tellement bien."
Bruno Blanchet a tout de même adouci son écriture depuis l'an dernier, lui qui compose aussi désormais pour les lève-tôt. Entre la préparation de deux sketches pour son émission de fin de soirée, il rédige des capsules et joyeuses pensées du vendredi livrées aux aurores à l'émission I lève you de CKMF. "Je suis passé d'une écriture hard-core à une plus douce, mais tout aussi déviée!"
En observant en personne son prochain et en saisissant tout au vol. Prenez son personnage de Lara Fabian en jupe hawaïenne et en brassière en noix de coco, par exemple. "C'est un accident qu'elle soit devenue une tête de Turc. Ce personnage n'a d'ailleurs jamais été proche de la vraie Lara. Elle est née car c'était le seul kit que j'avais dans ma voiture ce jour-là. Un cadeau de ma voisine qui revenait d'Amsterdam."
Bruno Blanchet est-il né absurde? Ce sont les gags de Monty Python injectés à fortes doses depuis toutes ces années qui ont conditionné son homme, selon lui. N'est-ce pas plutôt parce qu'il a grandi à Laval? Parce qu'il a étudié en assainissement des eaux au cégep? "Quand on ne sait pas ce qu'on veut faire dans la vie, on laisse l'orienteur décider à notre place. Tout le monde disait que c'était un métier d'avenir à l'époque."
"L'idée de travailler dans un laboratoire de 9 à 5 ne m'attire pas, même si aujourd'hui je m'expose continuellement à un groupe de personnes qui me détestent et que je rate parfois mes blagues. C'est tout de même bien thrillant! Je fais un métier qui me permet d'explorer n'importe quoi. Si j'apprends à jongler avec des bananes, je sais que ça va me servir un jour." S'il trouve le temps d'apprendre à jongler avec des bananes...
Depuis le début de l'été, Bruno Blanchet n'a pas une minute à lui. Il a tout de même trouvé le temps de regrouper ses prodigieux conseils "Quoi ne pas faire en fin de semaine" des vendredis de La Fin du monde... sous la jaquette d'un bouquin (Choses à ne pas faire), en librairie le 13 octobre.
"Je ne bois plus. Je ne sors plus. J'ai coupé le social pas mal, car j'en vis du matin au soir. Je consacre ma vie au travail. Pour pallier le (sic) manque de temps, nous essayons de lier les sketches de On fait ça... entre eux avec des capsules préenregistrées. Comme nous ne sommes que cinq ou six comédiens, nous ne voulons pas nous casser le beigne pour trouver des chutes aux sketches. L'émission est composée de suites à la fois logiques et absurdes. En fait, elle pourrait se créer, se jouer et exister d'elle-même dans un mouvement perpétuel."
N'essayez pas de comprendre. Allumer plutôt votre téléviseur à 22h30 samedi, après un bon bain chaud.
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