La Presse
10 septembre 2001, p. C1

Massé, Isabelle

On fait ça seulement dans une sécheuse

Déjà vu? Il y a près d'un an, Bruno Blanchet acceptait de se... mouiller dans une baignoire pour causer d'On fait ça seulement le samedi soir, l'émission loufoque qui n'a jamais vu le jour à Radio-Canada et dans laquelle il devait s'amuser avec Sylvie Moreau, Pierre Lebeau et Alexis Martin. L'absurde et déroutant personnage, qui n'est malheureusement plus nudiste, a cette fois accepté de se... sécher pour nous parler de N'ajustez pas votre sécheuse. Sa nouvelle émission pourrait faire découvrir Télé-Québec à bien des téléspectateurs cette année!

Prise 2 donc. À dix jours de la diffusion du premier épisode de l'émission (mercredi 19 septembre à 21h (sic)), tout peut encore arriver. "Des mites vont peut-être s'attaquer aux cassettes, même si elles sont en lieu sûr et qu'elles sont manipulées avec soin! blague-t-il. C'est ce qui arrive quand on vit dangereusement."

Il faudrait être vraiment malchanceux pour voir son produit retiré des ondes encore une fois. De quoi donner le goût à Blanchet de retourner étudier en assainissement des eaux à Laval, où il a grandi! Après la mort dans l'oeuf d'On fait ça... et la déconfiture de I lève you, l'émission matinale de Stéphane Laporte à CKMF, à laquelle il collaborait régulièrement l'an dernier, Bruno Blanchet est retourné à sa table de travail pour pondre un autre concept télévisuel éclaté. "Car c'est finalement tout ce que je sais faire..., dit-il en riant. Après l'aventure de Radio-Canada, j'avais encore envie de travailler. Je ne voulais pas m'apitoyer sur mon sort. Et Télé-Québec, qui désirait ouvrir un créneau humour, m'a approché l'hiver dernier. Je suis arrivé au bon endroit au bon moment."

Déçu de ne pas avoir pu faire rire les gens le samedi soir, comme les hurluberlus de Saturday Night Live aux États-Unis? "Oui, car je voulais créer un terrain de jeu pour tous ceux qui avaient envie de s'amuser avec nous. Et surtout parce que je ne me prenais pas au sérieux."

Il semble que les raisons ayant motivé le retrait de l'émission resteront toujours obscures. "Je ne sais pas ce qui s'est passé, affirme Bruno Blanchet. Mais ce qui est sorti dans les journaux concernant Pierre Lebeau et Alexis Martin a été gonflé. Il n'y a eu aucune chicane ni entre nous ni avec Radio-Canada ni avec Zone 3, qui produit d'ailleurs N'ajustez pas votre sécheuse. On savait déjà que Pierre et Alexis ne pouvaient jouer que dans un certain nombre d'émissions. Vrai que sur le plateau, il y avait des ajustements à faire, car on ne crée pas une gang en criant ciseau! Radio-Canada a remis en question le produit qui comportait sa part de risques. L'émission était très bien construite, mais le fait de la livrer en direct rendait le concept fragile. Il suffisait peut-être de lui donner son envol pour que tout s'ajuste. J'ai donc aussi décidé de partir après Pierre et Alexis, mais de façon très cordiale."

Bruno Blanchet se lance donc à nouveau dans une aventure tout aussi farfelue, le mercredi cette fois. Pourquoi? "Le concept de N'ajustez pas votre sécheuse a l'air extraterrestre, mais ma folie est organisée. Je veux que l'émission me ressemble. Elle n'aurait pu, de toute façon, m'être étrangère à cause de ma charge de travail. Cette production n'a rien d'Hollywood. C'est plutôt Les Charlots font du cinéma. Comme le concept est ambitieux, je prends mon temps. Et plus on prend son temps, plus la main-d'oeuvre doit être réduite. Pour arriver à tout ce que je veux faire, je fais des concessions. Je suis donc tout le temps présent, et les costumes et décors sont rangés chez moi, dans ma chambre. Ça ne peut pas nuire de dormir avec ses costumes!"

Bruno Blanchet n'a donc pas eu le temps de prendre du soleil cet été. Le dernier mois a été ponctué de plusieurs nuits blanches. "Et ça ne fait que commencer! Il faut que tout soit précis. On a voulu que chaque histoire soit élaborée et riche. Les gens riront donc pour des raisons différentes s'ils revisionnent un épisode. Il y a de la subtilité dans le montage. Les téléspectateurs vont voir ce que j'ai véritablement envie de faire à la télé."

Déjà le nom de l'émission sous-entend que les téléspectateurs doivent avoir l'esprit ouvert pour s'asseoir devant la sécheuse de Blanchet. Au fait, pourquoi N'ajustez pas votre sécheuse? "En me questionnant sur la télévision et son rôle dans un salon, par exemple, j'ai réalisé que lorsqu'elle n'est pas allumée, c'est juste un autre appareil électrique dans la maison. Je voulais lui donner une autre identité. Comme je sortais d'une expérience peu concluante, j'ai remis en question les raisons pour lesquelles je pratiquais ce métier et ce qu'il m'apportait. J'ai réalisé que je n'avais pas tout dit et que je voulais explorer de nouvelles avenues."

Qu'on l'aime ou non, il ne laissera personne indifférent avec son bouquet de personnages. En vous aventurant à Télé-Québec, vous pourrez croiser Khmorr le conquérant, le superhéros d'une "série vaguement médiévale", Anne-Marie Losique qui nous invite à participer à son "Concours du pubic", les Coucous (Blanchet et Guy Jodoin) qui évoluent dans un univers rappelant celui de Sol et Gobelet, mais en moins palpable... Est-ce possible? On pourra également suivre les aventures de brousse de Georges Brossard dans Insecticide, goûter aux pubs douteuses du célèbre DJ Daniel Desormeaux et découvrir la famille de Bruno Blanchet (dont son père noir et sa soeur qui a plutôt l'air d'un frère...). Sans oublier Mimo, né à La fin du monde est à 7 heures. "J'aurais eu le droit de faire des choses étranges, comme filmer en gros plan une patate pendant cinq minutes, mais je ne voulais pas prendre de raccourcis. Je me sers de tous les outils de la télé. On m'a donné carte blanche. Je propose donc un produit multicouches rythmé."

Devant un concept aussi éclaté, le plus gros risque n'est pas tant de voir son émission annulée, mais de manquer d'inspiration. Et ce, même si plusieurs collaborateurs (Philippe Laguë, son cousin Pascal Blanchet, Michel Duchesne et son fils Boris) l'accompagnent dans sa folie. "Lorsqu'on commande l'inspiration, elle arrive, dans la mesure où le projet nous habite totalement. J'écris dans des conditions idéales, chez moi dans mon Lay-Z-Boy, mon ordinateur portatif sur les genoux. Je souffre donc confortablement!"

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