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13 octobre 2001, p. 42

Lemieux, Michèle


J'étais le plus timide du monde

Bruno Blanchet

Même si Bruno Blanchet a un air frondeur et une audace peu commune, il confesse avoir été un jeune adulte peu sûr de lui et plutôt mal dans sa peau. Jusqu'au jour de sa rencontre avec Pierre Dufault...

A la barre de la nouvelle émission N'ajustez pas votre sécheuse, diffusée sur les ondes de Télé-Québec le mercredi à 21 h, Bruno Blanchet cherche à se dépasser, à surprendre. "11 ne faut pas que ce soit ennuyant...", dit-il.

Avec la personnalité que vous avez, Bruno, ça ne risque jamais de l'être...

Vous seriez surprise. Je peux être très, très, très plate. (sourire) Enfin, plus ou moins... Disons que j'ai de la difficulté à passer inaperçu.

Avez-vous toujours été ainsi?

Non, non, au contraire! J'ai été le garçon le plus timide du monde. Et je suis la preuve vivante que n'importe qui peut réaliser ses aspirations en se forçant. J'étais vraiment le gars le plus réservé, le plus angoissé, le plus dépressif, le plus malheureux qui soit. Je rasais les murs au cégep. J'étais le dernier gars disposé à être un artiste. Puis j'ai fondé un groupe. Nous faisions du reggae à la scie mécanique, des percussions sur des carrosseries de voiture! Et comme je ne savais pas jouer d'un instrument, je hurlais. J'étais le screamer. Mais je dois dire que j'ai fait une rencontre bien marquante dans ma vie; les choses ont changé lorsque j'ai croisé Pierre Dufault.

Le commentateur sportif?

Oui. je suis allé à l'école de communications qu'il dirigeait, Promédia, après avoir commencé à faire des critiques sur l'art contemporain à la radio, parce que j'avais une galerie d'art et que j'avais un band qui avait reçu une subvention. Je m'y étais inscrit un peu par curiosité, à reculons. Un jour, M. Dufault m'a dit: "Tu sais, tu n'es pas obligé de toujours être fâché contre tout le monde." Ce qu'il m'a donné comme mission dans la vie, c'est d'apprendre. Il m'a suggéré: "Essaie de tout savoir." Etre informé, c'est être libre, comme disait René Lévesque. M. Dufault m'a permis d'appliquer cela au quotidien. Il m'a fait relire les journaux que je ne lisais plus. Il m'a incité à être curieux, à tenter d'en savoir plus sur tous les sujets. Tout s'est enchaîné: j'ai cessé de me promener la tête entre les deux jambes et de dire que tout est poche, que tout est laid.

En tant qu'individu, c'est important de connaître sa valeur...

Mais il faut d'abord la trouver. Pour un adolescent attardé comme moi, ce n'est pas toujours évident. je suis un adolescent qui remet sans cesse tout en question. Mon fils de 15 ans, Boris, et moi vivons pratiquement les mêmes angoisses. Je trouve agréable de ne pas vieillir mais, en même temps, je commence à être fatigué... Je ne sais pas ce qui m'attend l'année prochaine.

Y a-t-il une forte complicité entre votre fils et vous?

Oui, mais je dois jouer mon rôle de père quand même... Ça crée des situations un peu ambiguës... Récemment, je faisais un tournage chez moi et j'étais habillé en fille. Boris est arrivé du collège en m'annonçant qu'il allait devoir rester en retenue. Je lui ai donc parlé en père; et c'est alors que le caméraman m'a tapé sur l'épaule en disant: "Je m'excuse, mais tu es habillé en femme. C'est bien difficile de te prendre au sérieux..." Et effectivement, je pense que mon garçon a de la difficulté à me prendre au sérieux..

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