Le Soleil
21 octobre 2002

Guillaume Bourgault-Côté

Les univers parallèles

Habillé en Anne-Marie Losique ou en Lara "ouaaaaa, ouaaaaa" Fabian, Bruno Blanchet a fait rougir bien des cuisses de téléspectateurs, à force qu'on se tape dessus. Vous vous rappelez? C'était La fin du monde est à 7 h, il y a déjà cinq ans. Blanchet y a créé une panoplie de personnages complètement absurdes, de Tite-dent au P'tit bonhomme pas d'cou, en passant par Mimo et lui-même dans le rôle du chroniqueur sur ce qu'il "ne faut pas faire durant la fin de semaine"...

C'est notamment là qu'il recommandait de ne jamais acheter une veste de laine en coton ouaté, ou encore de ne pas paniquer si quelqu'un vous pointe avec un arc et une flèche : placez-vous une pomme sur la tête, et tout ira bien. Parole de Bruno.

En quelques années, Blanchet l'extraterrestre s'est donc taillé une solide réputation de déconneur professionnel, maître de l'absurde et champion de la déraison. L'an dernier, il a conçu, écrit, tourné et réalisé N'ajustez pas votre sécheuse (qu'il décrit comme du RBO avec une touche de cubisme) diffusée à Télé-Québec, en plus d'y jouer à peu près tous les rôles. Cette saison, on peut le voir à Radio-Canada dans Le Plateau, la série de Ken Scott où il incarne Robert, un autre loufoque déconnecté. Il sera aussi de la distribution du film La Grande Séduction, actuellement en tournage, et pour lequel il réalise également le making-off.

- Est-ce que Bruno Blanchet est un être humain "normal"?

Ah ouais, totalement. Normal, discipliné, rigoureux.

- Plate ?

Peut-être. Je ne suis plus un gars de party, mais j'ai du plaisir du matin au soir, et puis après je me couche. Je ne poursuis plus la nuit comme avant. Les seules brosses que je prends ces temps-ci, ce sont des brosses de films : j'en écoute sept ou huit en ligne sans problème. La vie de rock star, je l'ai faite un bout de temps, mais là j'ai d'autres projets que je veux réaliser. Je vais avoir 40 ans bientôt, je veux mener mes affaires plus loin, essayer toutes sortes de nouvelles choses, la télévision, le cinéma.

- « Le Plateau » est le premier projet où tu t'impliques seulement comme acteur ?

Oui, et j'ai trouvé ça plutôt amusant. Quand même stressant, mais tu n'as pas à défendre ton âme autant que lorsque tu as écrit, réalisé, imaginé. C'est une autre mécanique. Ça permet d'être précis dans le jeu. Pour moi, ça a été une année d'apprentissage en ce qui concerne l'intégration du comédien au personnage, pour que ça fasse un tout et que je puisse le défendre pendant 26 demi-heures au lieu de 25 secondes... C'est beaucoup plus satisfaisant au bout : c'est comme si j'avais raconté une longue histoire au lieu de faire juste une bonne joke.

- Ça n'a pas été trop dur de laisser de côté ton propre personnage ?

Non. Quand Ken Scott a su que c'était moi qui allais jouer le personnage, je pense qu'il s'est laissé aller un peu, parce qu'il sait que quand les gens me voient, ils se disent: ok, là il peut se passer n'importe quoi. Alors Ken est allé le plus loin qu'il a pu, dans la mesure où tu ne peux pas être complètement absurde ou surréaliste dans une sitcom.

- Ton visage est immanquablement associé à l'absurde. As-tu peur d'être éternellement cantonné à ça ?

On ne me cantonne pas, je suis content d'évoluer dans un univers parallèle. C'est ce que j'ai choisi. On me prend pour un extraterrestre : tant mieux !

- Est-ce que c'est ça qui a fait peur aux dirigeants de Radio-Canada l'an dernier, lorsqu'ils ont retiré l'émission "On fait ça seulement le samedi soir" avant même que ça ne commence ?

Ce qui a fait peur, c'est que c'était gros et plein de risques comme projet. Mais pourtant, c'était de facture populaire. On ne peut pas faire n'importe quoi à la télé, les gens n'écoutent pas n'importe quoi. Il faut connaître la règle que tu veux briser. Je ne pouvais envisager ce projet-là autrement que comme ça. Si on fait du live, il faut que la porte n'ouvre pas un moment donné, il faut que quelqu'un n'ait pas le temps de changer de costume, il faut que quelque'un ne se rappelle pas de sa ligne, sinon, ça ne sert à rien de faire ça live, si tout fonctionne. Le live, faut se tromper, avoir des fous rires spontanés, et pour ça, il faut faire des trucs où il y a des obstacles. Radio-Canada m'a demandé trop de changements, ça aurait été standard comme show, je ne voulais pas de filet. Si j'avais voulu du confort, je serais resté camionneur. L'inconfort me garde en vie. Si tu veux avancer, il faut toujours faire quelque chose que tu n'as jamais fait.

- Tu prépares actuellement une série télévisée comme auteur en résidence chez Maxfilm. Ça va ressembler à quoi ?

C'est une série dramatique de 26 heures qui s'appelle « L'école du bonheur » et qui parle d'une école d'expression corporelle dans un village. C'est ben rétrograde comme approche, à la fois de la création et du contenu. C'est le retour à des valeurs comme la famille et le partage. J'ai envie de parler de ces choses-là sérieusement, mais évidemment, quand je vais le faire, il y en a qui vont penser que je tourne ça en dérision et que je fais une satyre. Ils n'auront peut-être pas tort, mais ce n'est pas du tout mon but. Et comme je suis un fan de « La Petite Maison dans la prairie », je rêve de faire quelque chose d'aussi beau, avec la petite Laura qui court vers son papa et qui lui dit je t'aime. J'ai envie de belles affaires. Mais après ça "tchek ben la guerre après ça"

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