Bruno B. continue son périple et il y a de l'amour dans l'air...
Ce matin, nous allons grimper le sommet de l'île de Waya Levu, dit le Grand Waya.

Seti (un planteur de Kasava qui s'est improvisé guide), Lieko (une enseignante Japonaise), Bryan (un étudiant de Chicago), Lean (une athlète de Grande-Bretagne) et moi, nous allons effectuer la dure randonnée de trois heures jusqu'au sommet de la montagne.
Paraît qu'au sommet coule une chute dont l'eau guérit tous les maux.
On en a bien besoin.
Lieko souffre d'une allergie aux piqûres d'insectes; ses jambes et ses bras sont couverts de boutons rouges purulents. Lean arbore sans doute un des plus gros feux sauvages du monde, et le vilain coup de soleil qu'elle a attrapé hier lui gonfle tellement le visage et les paupières qu'on dirait que Mike Tyson s'est servi de sa face comme d'un punching bag. Bryan souffre d'un complexe de supériorité propre à l'Américain moyen, tandis que moi, j'ai depuis deux jours une infection à l'oreille qui m'enfle le côté droit du visage et me donne franchement une tête d'apprenti Homme Éléphant.
On fait dur en sacrament.
Seti, notre guide d'une journée, nous assure qu'il connaît le chemin qui nous mènera au sommet. Les 50 dollars que nous lui avons promis y sont assurément pour quelque chose. Dès notre arrivée au pied de la montagne, il use de sa machette pour nous ouvrir la route à travers la jungle. On dirait que le sentier n'a pas été utilisé depuis longtemps...
Lieko glisse sur le sol boueux et tombe dans la toile dorée d'une araignée jaune géante qui n'a pas du tout l'air d'apprécier l'intrus du Japon. Je lui tends une liane. Lieko se relève. Nos mains se joignent. Nos yeux se sourient.
Cette première décharge électrique nous fait rougir. Dans des conditions difficiles, en terrain inconnu, il n'y a souvent qu'une fine ligne entre l'entraide et... l'amour. Faut dire que, hier soir, en jouant aux cartes- un jeu fort amusant appelé Shithead, qui semble être le jeu de cartes officiel des backpackers- nos genoux se sont touchés pendant un long moment, et aucun de nous deux n'a fait l'effort de bouger sa jambe. Si ce n'était de Bryan qui s'est amené en criant, nous aurions pu vivre un agréable moment.
Après une heure et demie de grimpe d'enfer, toujours au beau milieu de la brousse, Seti, notre Guide du tonnerre, s'arrête et regarde autour. Il grimace. Ses yeux se plissent. Ses lèvres s'entrouvrent. Il se gratte la tête. Un véritable classique de la pantomime. Wow.
Cet homme est perdu.
Bryan l'Américain, un expert de l'orientation en jungle tropicale- of course- propose de continuer l'escalade jusqu'à ce que nous atteignions une éclaircie, d'où nous pourrons apercevoir le chemin que nous avons parcouru. Il nous raconte qu'une fois, lorsqu'il s'était égaré sur le mont Kilimandjaro- yeah, sure!-, il avait usé de cette tactique avec succès. Le problème, c'est que l'endroit où nous nous trouvons est tellement dense qu'il est impossible de savoir de quel côté se trouve le haut, ou le bas, et cetera.
Seti lui fait signe de se taire. À travers les bruissements des palmes et les cris des animaux tapis dans l'ombre, il perçoit au loin le bruit d'une eau qui coule.
Encouragés, nous changeons de cap. Au bout d'une quinzaine de minutes de marche à la machette, la chute nous apparaît, dans toute sa splendeur.
Jaillissant d'entre deux immenses roches comme suspendues au ciel, l'eau, qui tombe d'une dizaine de mètres dans un bassin cristallin, nous rafraîchit d'avance. Sur l'eau, des reflets pétillants. Une véritable scène de film. Sans attendre, mes compagnons et moi, nous nous déshabillons et nous nous jetons tête première dans la mare.
Nous nous amusons à nous chamailler, à nous lancer de l'eau. Lieko et moi, presque collés l'un sur l'autre, jouons à nous chatouiller sous l'eau. C'est d'un romantique et d'un naïf extraordinaire. Bryan, qui, j'imagine, veut faire semblant d'être un requin, me saisit le pied, sous l'eau. Je sursaute. J'accroche du coude le nez de Lieko. Elle se met immédiatement à saigner.
Brillant Bryan.
Il sort sa tête de l'eau. Il rigole. Lieko et moi le regardons avec horreur.
Il a une sangsue sur le front.
Horrifiés, nous nous précipitons hors de l'eau. Dans l'eau, Bryan rigole. Jusqu'à ce qu'il aperçoive la douzaine de sangsues qui nous collent à la peau.
Oh well.
La conclusion de cette histoire? Quelques jours plus tard, Bryan s'est avéré être un chic type, Lean est repartie pour la Grande-Bretagne avec un beau bronzage, Lieko s'est débarrassée de son affection cutanée et mon mal d'oreille a disparu, comme par magie. Était-ce grâce à l'eau? Je n'en sais rien, mais voilà ce qu'on pourrait appeler une jolie chute.
La semaine prochaîne, nous visiterons peut-être le royaume de Tonga. Minuscule pays constitué de 150 îles, Tonga- prononcez Tong-guh, est le dernier régime monarchiste de la Polynésie. James Cook, qui visita le pays en 1773, baptisa Tonga les " îles accueillantes ", the friendly islands.
Dans le domaine, Fidji va être dur à battre.
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