Bangkok, Thaïlande.
Dix heures du matin. Pang, mon guide, toujours à l'heure, vient de klaxonner devant l'hôtel. C'était pas la peine. Je suis déjà réveillé-douché-habillé, et j'ai même couru mes huit kilomètres quotidiens autour du Sanam Luang Park, la place Royale, qui n'a de royale que le nom: on y court en zigzag entre les robineux couchés, les crottes de chiens, les diseuses de bonne aventure, les pigeons, les camions-citernes et les vendeurs de " manger pas bon "- avec un masque à gaz, à cause de la pollution. Bref, c'est extraordinaire. Y'a pas mieux pour kickstarter une journée! Et d'habitude, ce qui suit est encore meilleur...
D'abord, le petit-déjeuner. C'est Pang qui décide de l'endroit. Ça fait partie de notre entente. Hier, on s'est tapé le gargantuesque buffet-brunch du Marriott Hotel (je soupçonne qu'il a voulu se faire plaisir!) et, ce matin, il m'amène à l'hindou du coin. Le petit-déjeuner, c'est le moment où l'on décide du plan pour le reste de la matinée. Aujourd'hui, le Vimanmek Museum, un palais tout en teck, avec un détour au Dusit Zoo.
On enfourche sa Kawasaki. À Bangkok, le trafic est lourd, et la motocyclette est le moyen de transport le plus efficace, le plus excitant et le plus dangereux. Le port du casque n'est pas obligatoire, mais Pang insiste pour que j'en porte un- qu'il a trouvé dans les poubelles... Rouge, trop grand, c'est un casque de baseball pour frappeur gaucher, avec le logo des Reds en avant. Avec ça sur la tête, j'ai plus l'air d'Atomas la fourmi atomique que de Pete Rose (je fais sourire les chauffeurs de " touck-touck " aux feux rouges!) et je ne suis pas nécessairement " plus " en sécurité, mais c'est l'intention qui compte. Et comme je porte un casque, Pang se sent plus à l'aise de me " péter une ride ". Ça fait partie du plaisir. Je ne compte plus les miroirs de truck qui m'ont frôlé les oreilles et les taxis à deux pouces des genoux.
Malgré le danger, je sais que je n'ai pas le droit d'avoir peur: la fluidité du bolide découle de l'osmose entre le pilote et le passager, et Pang, lui, ne craint rien. Je l'ai vu à l'oeuvre, la semaine dernière, dans un ring de boxe thaïlandais. Après s'être fait cogner solidement, le petit maigrichon, avec son short trop grand, remarquable de courage, s'est relevé avec le sourire et a étendu le gros adversaire épais qui croyait l'avoir knockouté.
On s'arrête devant le musée. Pang me regarde descendre de la moto, plutôt secoué. Il rit. Il est étonnant. Il y a une dizaine de jours, il a perdu un de ses frères et deux de ses meilleurs amis dans le tsunami. Mais Pang est comme toute la Thaïlande aujourd'hui: debout, fier, souriant, combatif, généreux. En vie. Pang aimerait que je me marie avec sa soeur. Je pense que je vais épouser son pays.
PS: À Bangkok, nous étions aussi loin des tsunamis que vous l'étiez: les routes étaient bloquées, et on regardait les ravages à la télé, avant de se coucher... Je suis désolé si je vous ai inquiété en ne me manifestant pas dans le journal, mais nous regardions les mêmes nouvelles, et je me serais trouvé odieux de parler d'une telle tragédie sans rien avoir à ajouter.
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