Clin d'oeil
Mai 2005, p. 81-86

Labrèche, Marie-Sissi

Bruno autour du monde

Le temple Ananda, au Myanmar
Un chapeau pour le buffle?
Après un combat de boxe thaïlandaiseUn gentil policier thaïlandais
Bangkok by night Pas facile la vie de mascotte au zoo de Bangkok!

Bruno Blanchet, c'est vraiment une "bibitte" rare. Le gars aux cheveux hirsutes peut faire le clown en collant au petit écran et pleurer toutes les larmes de son corps devant une toile de Ducamp! Pour ajouter à son mystère, voilà que cet auteur-scripteur-concepteur-animateur-comédien largue tout pour aller faire tourner des ballons sur son nez... Nous l'avons interviewé grâce à la magie du Web.
- PAR MARIE-SISSI LABRÈCHE

MARIE-SISSI: Qu'est-ce qui t'a poussé à laisser tous tes boulots, à vendre ton frigo et ta cuisinière, pour partir un an faire le tour de la planète?
BRUNO: La naissance de mon fils!
MARIE-SISSI: Mais il me semble qu'il est assez vieux!
BRUNO: Oui, mais sa naissance, il y a 18 ans, a marqué, pour moi, la fin de quatre années passées, sac au dos, à parcourir le Canada, les États-Unis et l'Amérique centrale (Boris a d'ailleurs été conçu quelque part entre le Chiapas et le Guatemala). J'avais 22 ans et je m'étais dit, à l'époque: "Quand mon fils aura 18 ans et qu'il pourra voler de ses propres ailes, je n'aurai que 40 ans." Quarante ans! Fiou! Encore jeune! Je me suis donc fait la promesse de repartir, pour faire le trip dont j'ai toujours rêvé, mais que je n'ai jamais eu les moyens de m'offrir. Et c'est le voyage que je fais maintenant. Dieu qu'ils sont beaux, les grands voyageurs! Si tu me donnais le choix entre devenir un de ces nomades ou obtenir une reconnaissance internationale pour mes réalisations, je choisirais sans hésiter le voyage. Le monde, je ne tiens pas à ce qu'il me reconnaisse; je veux le connaître.
MARIE-SISSI: Au fait, ton but est-il vraiment de faire le tour du monde?
BRUNO: Oui. Mais je ne suis pas pressé. Je ne suis pas un "collectionneux d'étampes de passeport". Je ne vois aucune raison de "comptabiliser" les destinations, comme beaucoup de voyageurs que je rencontre. "Oh! moi, moi, je suis allé là et là et là et là, et blablabla ..." Quand j'aime un endroit, je pose mon sac, et je savoure le moment.
MARIE-SISSI: Y a-t-il une autre quête dans ta course autour du monde? Cherches-tu "la face cachée de Bruno"?
BRUNO: Une quête? Non, pas dans le sens que j'ai un but ultime ou que je cherche quelque chose. J'aurais bien trop peur de trouver! Après, qu'est-ce qu'on fait? J'interprète le voyage comme une occasion extraordinaire d'apprendre et de partager.
MARIE-SISSI: Comment se déroulent tes journées, entre le jus d'orange et la petite chanson "Fais dodo, mon ami Bruno"?
BRUNO: Du matin au soir? Je ne sais pas comment répondre à cette question, parce qu'il n'y a pas une journée identique à la précédente ou à la prochaine. Je peux juste te dire que le voyage en soi, c'est beaucoup de travail: beaucoup de lecture, de préparation, d'organisation, de frustrations. On se lève tôt et on se couche souvent tard. Mais les récompenses sont grandes. Et il y a, bien sûr, à chaque jour de nouvelles rencontres. Des fois, ça devient un peu "tannant". "Where are you from?", "Where have you been?", "Where are you going?"... Toujours les mêmes questions. Mais on s'habitue et on finit par s'amuser à inventer des personnages et des destinations imaginaires. "Hi! My name is Mike, I am a plumber from Milwaukee..."
MARIE-SISSI: As-tu vraiment "tiré la plogue"? Genre, tu n'appelles plus à Montréal, ni ton agente, ni tes amis, ni tes parents et tu ne te rappelles plus qui est notre premier ministre ou le Bonhomme Carnaval (en passant, non, ce n'est pas la même personne!).
BRUNO: Aux îles Fidji, effectivement, j'ai complètement décroché. Je prenais contact avec la famille une fois par mois, question de les rassurer et d'avoir de leurs nouvelles, évidemment. Mais pour le reste... zilch!, nicht!, niet! Pas d'Internet, pas de journaux, pas de télévision. C'est vraiment tripant de vivre dans l'ignorance de l'actualité. Soudainement, t'as un gros paquet de neurones disponibles, qui, auparavant, étaient occupés à "chialer" ou à s'inquiéter de l'Afghanistan.
MARIE-SISSI: D'après certaines de tes chroniques publiées dans le cahier LP2 de La Presse, tu sembles avoir traversé un processus de défi ultime, genre Facteur de risques. Qu'est-ce qui, jusqu'à maintenant, t'a fait peur?
BRUNO: La plongée sous-marine. J'ai vécu, sous l'eau, au début de mes cours, des moments de panique hallucinants. Un goût de métal dans la bouche, une respiration haletante, des palpitations, une vision restreinte, et un combat dans le cerveau entre le bon sens et l'adrénaline. C'est dément! Mais je me suis dit: Fight! Et j'ai gagné. Je suis devenu divemaster. Et pas mal bon, à part ça. Sans me vanter!

Aux îles Fidji

MARIE-SISSI: Es-tu confronté à tes peurs depuis le début de ton voyage?
BRUNO: Oui. En voyage, on est confronté à soi-même. À la somme de sa personne. Et les peurs font partie intégrante du lot, bien entendu.
MARIE-SISSI: Que retires-tu jusqu'à maintenant de tes premiers mois de voyage?
BRUNO: Je ne sais pas. Je devrai rentrer pour réaliser le chemin parcouru. Là, maintenant, j'avance et je ne prends pas le temps de regarder derrière. Y a trop à faire.
MARIE-SISSI: Te sens-tu comme le Vagabond, tu te rappelles le toutou... "Il est une voix qui m'appelle et m'attire, au fil des routes, je l'écoute et la suiiiiiiiiiiiiis... Quand je m'arrête, c'est pour me faire des amiiiiiis, le temps d'un sourire, nanana, il faut partir (arrêtez-moi quelqu'un!)"?

Une partie du grand palais de Bangkok Une sculpture du Wat Pho, à Bangkok Khao san Road, quartier des routards, à Bangkok

BRUNO: Oui, je me sens comme le Vagabond! Sauf que je n'ai pas encore vraiment accompli de mission. J'aurais dû emmener Tites Dents avec moi!
MARIE-SISSI: Continues-tu de faire le pitre à l'autre bout du monde? As-tu traîné le petit bonhomme pas de cou dans tes bagages?
BRUNO: Je continue à faire le pitre, c'est sûr! Je suis le pitre! Le "bozo" qu'on voit à la télévision, ce n'est pas un hasard s'il est "bozo" pour la télé. C'est qu'il a cette fibre de "bozo", tissée serré, bien vivante en dedans. Mais je n'ai pas traîné mes personnages avec moi. J'en invente d'autres, selon les situations. Y en a des pas pires, que j'ai bien hâte de vous présenter...
MARIE-SISSI: Ce qui nous frappe toujours en voyage, c'est l'absence d'étiquette... Est-ce que ton statut de "personnalité connue" te manque à l'autre bout de la planète?
BRUNO: Oui. Et non. C'est vrai que, parfois, ça rend la vie plus facile d'être connu. Hier soir, je me suis assis dans un bar et j'ai passé la soirée tout seul. Pas le genre de chose qui m'arrive à Montréal. Ça fait du bien de retomber sur terre et de n'être qu'un autre quidam, pas plus ni moins que les autres. Une belle leçon d'humilité. J'en connais quelquesuns à qui ça ferait du bien.
MARIE-SISSI: Qui sont les gens qui t'ont le plus marqué et que tu aimerais revoir?
BRUNO: Un couple d'Espagnols. Inma et Sergio. Deux belles personnalités, allumées, fripantes, drôles et attachantes. Nous n'avons passé que quatre jours ensemble mais, sans pouvoir vous expliquer comment ni pourquoi, je sais que nous serons des amis pour la vie. Avant de se quitter, ils m'ont offert un coeur taillé dans une pierre. J'avais, pour eux, une pierre en forme de coeur. "Connectés", tu dis?
MARIE-SISSI: Te fais-tu reconnaître souvent par de jeunes Québécois qui voyagent sac au dos, genre: "Hey man, t'es le gars dans la sécheuse"?
BRUNO: Je n'en ai pas rencontrés beaucoup, mais oui, ceux que j'ai vus sont venus vers moi, l'air surpris, pour me demander si j'étais bel et bien Bruno Blanchet. À chaque fois, je leur réponds non et j'essaie de leur faire croire que je suis "Mike, a plumber from Milwaukee". Mais ils ne me croient pas. Faut que je travaille le personnage...
MARIE-SISSI: Quels sont tes projets pour les prochains mois, les choses que tu veux faire absolument?
BRUNO: L'Asie du Sud-Est, courir le marathon de la Grande Muraille de Chine (ça fait quatre mois que je m'entraîne, et, la semaine dernière j'ai couru un demimarathon en 1 heure 50: pas mal pour un vieux de 40 ans, non?), et apprendre le japonais, si j'ai le temps.

Au Laos

MARIE-SISSI: Quels sont les pays que tu comptes visiter?
BRUNO: Au total? Fidji, la Nouvelle-Zélande, l'Australie, Singapour, la Malaysia, l'Indonésie, la Thaïlande, le Cambodge, le Laos, le Myanmar, la Chine, le Japon.
MARIE-SISSI: Et ceux qui t'ont marqué le plus jusqu'à présent? Ton plus gros coup de coeur?
BRUNO: Fidji. Sans hésiter. J'ai l'impression d'y avoir laissé un petit bout d'âme que je devrai, un jour, retourner chercher.
MARIE-SISSI: Quand reviendras-tu faire le clown à la télé? Se pourrait-il que tu ne reviennes jamais et que tu deviennes un de ces bourlingueurs qui se promènent pieds nus avec une barbe de un mètre sur tous les continents?
BRUNO: Pour la télé, je ne sais pas. J'ai des offres pour l'année prochaine, mais il faudrait que je revienne!... C'est certain que je reviendrai, parce que, malgré tous ces beaux peuples que je rencontre, c'est vous autres mes préférés!

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