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Bruno Blanchet, c'est vraiment une "bibitte" rare. Le gars aux cheveux
hirsutes peut faire le clown en collant au petit écran et pleurer toutes
les larmes de son corps devant une toile de Ducamp! Pour ajouter à son
mystère, voilà que cet auteur-scripteur-concepteur-animateur-comédien
largue tout pour aller faire tourner des ballons sur son nez...
Nous l'avons interviewé grâce à la magie du Web.
- PAR MARIE-SISSI LABRÈCHE
MARIE-SISSI: Qu'est-ce qui t'a poussé à laisser tous tes boulots, à vendre ton frigo et ta cuisinière, pour partir un an faire le tour de la planète?
BRUNO: La naissance de mon fils!
MARIE-SISSI: Mais il me semble qu'il est assez vieux!
BRUNO: Oui, mais sa naissance, il y a 18 ans, a marqué, pour moi, la fin de quatre années passées, sac au dos, à parcourir le Canada, les États-Unis et l'Amérique centrale (Boris a d'ailleurs été conçu quelque part entre le Chiapas et le Guatemala). J'avais 22 ans et je m'étais dit, à l'époque: "Quand mon fils aura 18 ans et qu'il pourra voler de ses propres ailes, je n'aurai que 40 ans." Quarante ans! Fiou! Encore jeune! Je me suis donc fait la promesse de repartir, pour faire le trip dont j'ai toujours rêvé, mais que je n'ai jamais eu les moyens de m'offrir. Et c'est le voyage que je fais maintenant. Dieu qu'ils sont beaux, les grands voyageurs! Si tu me donnais le choix entre devenir un de ces nomades ou obtenir une reconnaissance internationale pour mes réalisations, je choisirais sans hésiter le voyage. Le monde, je ne tiens pas à ce qu'il me reconnaisse; je veux le connaître.
MARIE-SISSI: Au fait, ton but est-il vraiment de faire le tour du monde?
BRUNO: Oui. Mais je ne suis pas pressé. Je ne suis pas un "collectionneux d'étampes de passeport". Je ne vois aucune raison de "comptabiliser" les destinations, comme beaucoup de voyageurs que je rencontre. "Oh! moi, moi, je suis allé là et là et là et là, et blablabla ..." Quand j'aime un endroit, je pose mon sac, et je savoure le moment.
MARIE-SISSI: Y a-t-il une autre quête dans ta course autour du monde? Cherches-tu "la face cachée de Bruno"?
BRUNO: Une quête? Non, pas dans le sens que j'ai un but ultime ou que je cherche quelque chose. J'aurais bien trop peur de trouver! Après, qu'est-ce qu'on fait? J'interprète le voyage comme une occasion extraordinaire d'apprendre et de partager.
MARIE-SISSI: Comment se déroulent tes journées, entre le jus d'orange et la petite chanson "Fais dodo, mon ami Bruno"?
BRUNO: Du matin au soir? Je ne sais pas comment répondre à cette question, parce qu'il n'y a pas une journée identique à la précédente ou à la prochaine. Je peux juste te dire que le voyage en soi, c'est beaucoup de travail: beaucoup de lecture, de préparation, d'organisation, de frustrations. On se lève tôt et on se couche souvent tard. Mais les récompenses sont grandes. Et il y a, bien sûr, à chaque jour de nouvelles rencontres. Des fois, ça devient un peu "tannant". "Where are you from?", "Where have you been?", "Where are you going?"... Toujours les mêmes questions. Mais on s'habitue et on finit par s'amuser à inventer des personnages et des destinations imaginaires. "Hi! My name is Mike, I am a plumber from Milwaukee..."
MARIE-SISSI: As-tu vraiment "tiré la plogue"? Genre, tu n'appelles plus à Montréal, ni ton agente, ni tes amis, ni tes parents et tu ne te rappelles plus qui est notre premier ministre ou le Bonhomme Carnaval (en passant, non, ce n'est pas la même personne!).
BRUNO: Aux îles Fidji, effectivement, j'ai complètement décroché. Je prenais contact avec la famille une fois par mois, question de les rassurer et d'avoir de leurs nouvelles, évidemment. Mais pour le reste... zilch!, nicht!, niet! Pas d'Internet, pas de journaux, pas de télévision. C'est vraiment tripant de vivre dans l'ignorance de l'actualité. Soudainement, t'as un gros paquet de neurones disponibles, qui, auparavant, étaient occupés à "chialer" ou à s'inquiéter de l'Afghanistan.
MARIE-SISSI: D'après certaines de tes chroniques publiées dans le cahier LP2 de La Presse, tu sembles avoir traversé un processus de défi ultime, genre Facteur de risques. Qu'est-ce qui, jusqu'à maintenant, t'a fait peur?
BRUNO: La plongée sous-marine. J'ai vécu, sous l'eau, au début de mes cours, des moments de panique hallucinants. Un goût de métal dans la bouche, une respiration haletante, des palpitations, une vision restreinte, et un combat dans le cerveau entre le bon sens et l'adrénaline. C'est dément! Mais je me suis dit: Fight! Et j'ai gagné. Je suis devenu divemaster. Et pas mal bon, à part ça. Sans me vanter!

MARIE-SISSI: Es-tu confronté à tes peurs depuis le début de ton voyage?
BRUNO: Oui. En voyage, on est confronté à soi-même. À la somme de sa personne. Et les peurs font partie intégrante du lot, bien entendu.
MARIE-SISSI: Que retires-tu jusqu'à maintenant de tes premiers mois de voyage?
BRUNO: Je ne sais pas. Je devrai rentrer pour réaliser le chemin parcouru. Là, maintenant, j'avance et je ne prends pas le temps de regarder derrière. Y a trop à faire.
MARIE-SISSI: Te sens-tu comme le Vagabond, tu te rappelles le toutou... "Il est une voix qui m'appelle et m'attire, au fil des routes, je l'écoute et la suiiiiiiiiiiiiis... Quand je m'arrête, c'est pour me faire des amiiiiiis, le temps d'un sourire, nanana, il faut partir (arrêtez-moi quelqu'un!)"?
