La Presse
Février 2006, cahier Voyage

Boisvert, Julie

Tour du monde, Elvis et autres petites histoires

Clavardage avec Bruno Blanchet

Il se balade depuis presque deux ans, à poursuivre sa « Frousse autour du monde » et à vivre des expériences à son image. Bruno Blanchet est tout sauf banal. Même à l’autre bout de la planète, il réussit à nous communiquer son énergie et à nous faire rire. Müv a clavardé avec lui lors d’une escale à Bangkok.

Pour lire tous les articles de Bruno Blanchet sur la « Frousse autour du monde » : www.ilederien.net/bruno

müv - Bon matin Bruno Blanchet!

Bruno - Salut!

müv - Bruno, voilà maintenant plus d’un an et demi que tu vadrouilles la planète, alors que ton plan initial était de partir pendant seulement un an. Pourquoi avoir décidé de prolonger ton exil?

Bruno - Difficile de répondre simplement à cette question... Disons qu’à la maison, tout allait bien et que ma présence n’était pas requise à tout prix. J’aime penser que mon voyage n’a pas de fin véritable, car je peux me laisser dérouter par des surprises... comme celle de ne pas revenir après un an!

müv - Avant « La frousse autour du monde », avais-tu beaucoup voyagé?

Bruno - Il y a 20 ans, avant la naissance de mon fils, j’ai passé quatre ans sur la route à voyager sur le pouce, de Vancouver jusqu’au Guatemala. Lors de la naissance de mon petit Boris (j’avais 22 ans), je me suis promis qu’à l’âge de 40 ans, quand mon fils aurait 18 ans, je repartirais finir ce que j’avais commencé.
Je suis très heureux aujourd’hui d’avoir tenu cette promesse faite à moi-même. C’est le trip de ma vie!

müv - Après tout ce temps passé à parcourir le monde, penses-tu avoir l'âme du nomade?

Bruno - Étrangement, après un moment sur la route, l’impression du « voyage » s’estompe un peu et tu ne deviens que « celui qui existe là où il se trouve ». Et puis, je ne bouge pas tant que ça, j’aime bien passer plusieurs jours au même endroit, sentir le rythme et rencontrer les gens.

müv - Quelle ville t'a particulièrement fasciné depuis ton départ? Et pourquoi?

Bruno - Je suis urbain, j’adore la ville et les villes en général me font plus tripper que les campagnes. À chaque fois que j’en croise une belle grosse, je sais très bien que j’y passerai au moins deux semaines.
C’est difficile de choisir une ville en particulier, car l’amour qu’on porte à un lieu est souvent circonstanciel. Ça dépend toujours d’où tu arrives, d’où tu t’en vas et de l’état dans lequel tu te trouves...
Et quand j’y repense, j’ai adoré Ulaan Bator (Mongolie) à cause de cela! À chaque jour, quelqu’un voulait me voler mon sac ou me battre... j’étais en vie en maudit quand je suis parti de là-bas!

müv - Ton périple s'appelle « La frousse autour du monde »… As-tu eu la frousse?

Bruno - La frousse? Oui, mais ça m’arrive de moins en moins. Mes peurs ne sont plus les mêmes...

müv - Tu as écrit à un moment que l'aventure commence avec la fin de la peur. À quel moment as-tu cessé d'avoir peur?

Bruno - J’ai cessé d’avoir peur d’avoir peur... Tu comprends? La petite crainte d’avoir laissé ta porte de chambre débarrée avec tous tes papiers sur le lit te pogne encore une fois de temps en temps, mais tu fermes les yeux et tu pries ou tu ris... ça détend!

müv - As-tu peur de revenir?

Bruno - Ha ha!!!! LA question! OUI!!!! J’ai peur de revenir et c’est peut-être ce qui me garde sur la route. En fait, j’ai peur de ne pas avoir le temps de visiter tous les pays du monde! Le retour, je peux déjà te confirmer que ce sera une escale...
Je suis en train de découvrir un nouveau Bruno et j’ai ben du fun à voyager avec lui. Je le pensais fou, mais je m’aperçois doucement qu’il ne l’est peut-être pas tout à fait... Son nouveau choix de vie ne me déplaît pas pantoute en tout cas!

müv - Un Bruno plus « intérieur » peut-être?

Bruno - Au contraire! Plus porté vers l’extérieur, vers l’écoute, l’observation, la découverte. J’évite les autres touristes et je passe le plus clair de mon temps avec les autochtones, qui n’en ont rien à cirer de mon passé, de mon métier ou même de mon avenir... Ils t’abordent et te considèrent là, maintenant, comme tu es.

müv - En résumé, tu aimerais éviter les entrevues!

Bruno - Lol*
Non, en fait, ce n’est pas désagréable de prendre le temps de faire le point...

müv - Vois-tu le monde différemment aujourd'hui?

Bruno - Oui. Je le vois désormais autrement qu’à travers l’image tordue qu’on en fait dans les médias pour nous faire peur, pour nous forcer à la sédentarisation et à la consommation à outrance. Je peux affirmer que la très grande majorité des hommes et des femmes sur le petit coin de la planète que je viens de parcourir est généreuse et très aimable.
À condition de l’être soi-même.
Et la vie est belle…

müv - Enchaînons sur une note plus légère. On devine que tu n’as pas peur du ridicule… Alors quel est le moment où tu considères avoir eu l’air le plus fou en voyage?

Bruno - Avoir l’air fou? Je m’en fais toujours une obligation! Aussitôt que je sens que je commence à me prendre un peu trop au sérieux... D’ailleurs, je pars faire le tour de l’Inde à vélo déguisé en Elvis Presley! Ça va être dément!
Voilà un bel exemple de délire... Je voulais m’acheter un vélo indien. Les vélos indiens ressemblent à celui de Pee Wee Herman, alors je me suis dit que je pourrais faire le tour du pays déguisé en Pee Wee. Mais Pee Wee n’est pas très populaire en Inde... Alors je me suis mis à chercher des personnages plus universels et avec un costume qui s’improvise facilement. Elvis m’est venu comme ça! Paf! Elvis! Avec un ghetto blaster! Des lumières sur le becik! Ça a déboulé...

müv - Tu dis que tu adores les zoos. Faisons donc une petite entrevue « Zoo ».

Bruno - O.K.

müv - Avec quel animal as-tu le plus d'affinités?

Bruno - Celui avec lequel j’en ai le moins est assurément le singe. C’est un dangereux petit diable qui t’arrache ton sac (et ton bras!) pour te piquer tes bananes...
Mais j’aime beaucoup les poissons, dont j’ai découvert l’univers fascinant il y a un an aux Îles Fidji. J’ai aussi adoré l’éléphant au Cambodge.

müv - Le moment le plus étrange en compagnie d’un animal?

Bruno - Un shark sucker (tu sais, les petits poissons qui s’attachent aux plus gros) qui voulait se coller à ma bedaine pendant toute la durée d’une plongée... c’était l’amour!
Et aussi quand le capitaine du bateau m’a mis un crabe dans les culottes... Et quand on a chassé les cochons sauvages… Et quand je me suis fait pourchasser par un bœuf…

müv - Ah! Ah! Tu n’exagères pas un peu là, non?

Bruno - Le pire, c’est qu’il en manque...

müv - En terminant : Tu rencontres un groupe de jeunes Québécois à ton retour de voyage. Tu as envie de leur dire quoi?

Bruno - Je leur conseillerais d’essayer au moins une fois le voyage. Si tu aimes, ça change ta vie et si tu n’aimes pas (ça se peut!), tu sauras alors peut-être un peu plus dans quel sens construire ta vie. Parce qu’on n’est pas obligé de voyager dans la vie. Dans la mesure où on s’accomplit, c’est ce qui compte. Mais maudit qu’on a une belle planète! J’dis ça de même.

müv - L’entrevue est terminée… Je te remercie Bruno, c’était un plaisir!

Bruno - Merci Julie pour l’entrevue. Ça commence bien une journée. Ciao!

* Lol : jargon informatique couramment utilisé dans le clavardage, qui provient de l'expression anglaise « laughing out loud  ». Lol est utilisé pour ponctuer de rires une discussion virtuelle.

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