La Presse
24 novembre 1997, p. B9

Beaunoyer, Jean

Bruno Blanchet, le pataphysicien de la télé

Bruno Blanchet nous propose une chronique qu'il qualifie de «particulièrement inutile» tous les vendredis à l'émission La Fin du monde est à sept heures, animée par Marc Labrèche à TQS.

Ne lésinons pas sur les termes, Bruno Blanchet est le seul dadaïste ou pataphysicien de la télévision québécoise. Il nous dit, en trois minutes, tout ce qu'il ne faut pas faire en fin de semaine alors que lui-même «a envie de rien faire et que ce soit drôle». Ou bien vous changez de canal, ou bien vous lui créez deux sites Internet, comme l'a fait récemment un inconditionnel de Blanchet.

Cheveux raides couleur carotte, Bruno demeure impassible devant la caméra. Il peut rompre une banane, raconter un voyage à Barcelone, regarder Marc Labrèche dans les yeux pendant dix secondes sans rien dire et on ne sait toujours pas pourquoi c'est drôle. Bruno Blanchet, c'est un Bob Binette intellectuel qui a été formé à l'école des annonceurs de Pierre Dufault. Vrai de vrai. Il a par la suite été pressenti par une station de radio de Gaspé qui voulait en faire son morning man. Il faut croire que de grands esprits ne se sont pas rencontrés puisque Bruno a préféré prendre la route et devenir camionneur. Un an plus tard, il était en mesure de faire reculer son dix roues de 23 pieds.

Il était au sommet de son art de camionneur, lorsqu'il entreprit l'écriture des textes de l'émission Le studio au Canal Famille. Il a également été scripteur pour le talk-show de Francis Reddy en plus de participer à l'émission Bonsoir l'ambiance, animée par l'excellent Jacques Bertrand à Radio-Canada.

Bruno n'aime pas travailler seul dans l'ombre. «Je suis un homme d'équipe qui aime partager» m'a-t-il confié avec une candeur que je ne lui connaissais pas.

«Avec Marc Labrèche qui est tellement énergique, tellement fluide, je ne pouvais me permettre de jouer son jeu, j'aurais été écrasé. J'ai choisi d'être immobile, statique. Marc, c'est celui qui doit mettre le feu après moi. Personne n'est au courant de mon texte avant l'émission. On me fait totalement confiance. Tout ce dont on discute, c'est le temps. Je dois me conformer à trois minutes 12 secondes. Le reste m'appartient.»

Étrangement, Bruno est un passionné. Une passion profonde, enfouie, presque secrète qui ne se manifeste qu'avec ses très proches ou pendant une entrevue.

«La seule chose que je prends au sérieux, c'est l'humour, confesse-t-il. Si on ne rit pas, on s'ennuie et on meurt. Je pense constamment à mes trois minutes. Je cherche des nouvelles idées, des situations, des personnages. Je ne provoque jamais de haine, je n'attaque personne sinon la logique et le bon sens.»

Bruno me fait part d'une nouvelle trouvaille dont il semble particulièrement fier. Il sort de son portefeuille une photo d'un artiste bien connu et me la montre.

«Je t'annonce aujourd'hui, avant tout le monde, que je ne suis pas Bruno Blanchet. En réalité, je suis Yves Corbeil que tu peux apercevoir sur la photo. Pendant plusieurs années, j'ai fait n'importe quoi pour brouiller les pistes. Si on examine bien cette photo, on se rend compte qu'il s'agit bien de moi.»

Évidemment Bruno Blanchet ne rit pas. Il ne rit jamais sauf quelques faibles sourires pour des événements qui ne font pas rire. Du moins en apparence. Parce que lui, voit de l'humour là où on ne le voit pas. Évidemment c'est de l'humour absurde.

«Claude Meunier nous a fait évoluer. Avant lui, notre humour, c'était celui du canal 10. Actuellement on est rendu là où en étaient les Britanniques en 1970. Personnellement, j'accorderais la palme de l'humour aux Britanniques. J'ai d'ailleurs été influencé comme bien d'autres par les Monty Python. Les Américains ont bien tenté de récupérer Mr. Bean mais on a voulu faire un Mr. Bean cute alors qu'il est fondamentalement méchant. On en a fait un Pee-Wee Herman raté.»

Évidemment, Bruno Blanchet ne songe pas à une carrière américaine. Et puis, les États-Unis, ce n'est pas la fin du monde.

ILLUSTRATION

Photographe: Goupil, Jean

Bruno Blanchet est un Bob Binette intellectuel qui a été formé à l'école des annonceurs de Pierre Dufault.

Retour