Voir
1er au 7 avril 1999, p. 16

Lawrence, Gary

Montréal vu par : Bruno Blanchet

LE GOÛT DE L'ÎLE: Pour la première année, le journal Voir propose le spécial «Montréal vu par...». Le but de cette opération: arpenter les rues, les recoins, les trésors cachés de la métropole. En plus de l'appel à tous lancé auprès des lecteurs, nous avons demandé à dix personnalités de répondre à une série de questions pour découvrir leurs goûts, leurs secrets, leurs endroits préférés. Et nous les avons photographiés devant leur coin de rue préféré, ou devant un lieu avec une signification particulière.

Pour montrer la diversité des points de vue, nous avons choisi des gens aux horizons différents: de la cinéaste au chroniqueur surréaliste, de l'ancien chef de police à la bédéiste érotique, du D.J. au chanteur populaire. Les confidences sont étonnantes ou drôles; certaines sont teintées de nostalgie, d'ironie; d'autres sont même scabreuses. L'important dans tout cela, c'est de donner le gôut de la ville aux Montréalais. De les sortir de la torpeur ambiante. De voir Montréal avec ses bons et ses mauvais côtés.

Bonne lecture!

-Frédéric Boudreault

Montréal vu par

[photo de Bruno Blanchet et de 2 gothiques qui quêtent, Coin Mont-Royal et Saint-Denis]

Autant El Mimo plane complètement à la télé, autant Bruno Blanchet adore sauter en parachute. Autant il paraît «flyé», autant il s'estime simple, dans la vraie vie. Regard sur Montréal par un personnage sans maquillage.

- L'endroit extérieur que vous préférez?

La montagne. Uniquement parce que je la monte en patins à roulettes, puis que je la redescends par Camillien-Houde. Mais le véritable défi, le kick, c'est de grimper la montagne. La descendre, si je pouvais, je m'en passerais.

- La meilleure raison de rester?

Je l'sais pas. Toute la ville, pour les mêmes raisons que j'aime San Francisco ou Barcelone, la mer en moins. Il y a ici quelque chose, un mélange de Quartier chinois, de Village gai et de Plateau... Je n'aime pas nécessairement Montréal pour sa beauté, mais plus pour celle de ses habitants - et de ses habitantes. Et puis, on n'a qu'à aller aux États-Unis pour voir à quel point on est chanceux de vivre ici!

- La meilleure raison de quitter?

La mer, l'océan, le rythme des vagues qui n'arrête jamais, le feeling que la boule est ronde, l'horizon, les odeurs, le goût du sel de l'eau. Le paradoxe, c'est qu'il n'existe aucune entité que je crains plus que la mer. En fait, je suis carrément terrorisé à l'idée de me retrouver sur l'océan; le sentiment que je n'en sens pas le fond m'effraie.

- Votre restaurant chic préféré?

Je ne les fréquente pas assez, sauf quand j'y suis invité; bref, je n'y vais pas de mon propre chef. Et puis, je mange généralement sur un coin de table, et je préfère fréquenter des lieux qui me ressemblent.

- Votre restaurant abordable préféré?

J'en fréquente plein, comme la Binerie Mont-Royal (en face du Bily Kun), où j'emmène régulièrement mon fils pour qu'il puisse manger la même chose que chez ma grand-mère. Et puis, c'est un endroit sans façon, où les gens sont juste fins, où on n'a pas besoin d'en mettre. Mais j'aime aussi des restos comme L'Anecdote, L'Avenue et, surtout, la cafétéria de TQS, résolument la meilleure (bonjour à Fanny).

- Votre bar préféré pour boire un verre entre amis ou en groupe?

Le Bily Kun, parce que j'y retrouve mes amis derrière et dans le bar. C'est un endroit à la décoration simple et efficace, où mes vieux chums et moi écoutons la même musique en buvant la même bière, et où les gens me connaissent assez pour savoir quand me dire d'arrêter de boire.

- Le meilleur bar pour boire seul?

Je ne bois pas vraiment seul. Quand je le fais, je finis toujours par rencontrer plein de monde, ou bien je vais au Bleu est Noir, ou à la taverne Verres Stérilisés, avec Taschereau et Brassard, en plein après-midi, pour regarder un match de curling.

- L'endroit où vous emmèneriez un ami qui vient ici pour la première fois?

Instinctivement, chez moi. Ensuite, chez mes amis, puis sur le Plateau, comme au Bily Kun, au Quai des brumes, au Jingxi...

- Le plus bel immeuble?

La tour IBM et l'édifice des HEC, conçus avec la même folie. Dans ce dernier cas, je m'arrête devant à chaque fois. Ce que j'aime surtout, c'est l'impression d'y voir le dedans dehors, d'apercevoir quelque chose de pas fini, sans qu'il ait besoin de l'être. Un peu comme le centre Georges-Pompidou, à Paris.

- Et l'immeuble le plus laid?

Ex aequo, Parthenais et le palais de justice, pour ce dont ils ont l'air autant que pour ce qu'ils représentent.

- Le plus beau quartier pour vivre?

Le Plateau, pour y avoir vécu dix ans. Mais je connais des gens aussi heureux de vivre dans Villeray, et d'autres qui ne quitteraient pas le Mile-End pour tout l'or du monde. C'est sûr que le Plateau est devenu pseudo-branché et plus cher à habiter, avec le temps. Mais, en même temps, je ne peux pas empêcher son évolution, et je suis content qu'elle se soit réalisée. Tant mieux si ça change, et tant mieux si je me découvre un jour le goût du Mile-End et des bagels...

- La meilleure place pour draguer?

À la buanderie. J'ai toujours rêvé de rencontrer quelqu'un là. Et puis, les filles y sont belles, parce qu'elles ne portent pas de maquillage, ni de sous-vêtements. Malheureusement, je suis célibataire depuis que j'ai une laveuse chez moi...

- Votre souhait le plus cher pour Montréal?

Déménager dans le Sud...

- L'endroit du Montréal anglophone que vous préférez?

Le boulevard Saint-Laurent. Je ne vais que rarement au-delà, mais j'aime beaucoup le stade McGill. C'est comme un amphithéâtre grec, on y allait pour déclamer des insanités en latin, autrefois.

- La meilleure chose inutile?

C'est mon métier que de faire des choses inutiles. J'aime ce qui est inutile, parce que je n'y vois pas d'utilité. Cela dit, je trouve que le bateau amphibie du Vieux-Montréal est un extraordinaire chef-d'oeuvre d'inutilité, tout comme les pédalos du parc La Fontaine.

- Le meilleur endroit pour avoir l'air fou?

En pédalo dans le parc La Fontaine, en amoureux. Mais en même temps, je salue la beauté de l'effort. Je suis peut-être même un peu jaloux.

- La chose la plus pathétique?

L'asphalte. L'état des rues de Montréal, c'est l'enfer. Surtout le caoutchouc dans les nids-de-poule, quand tu fais du patin.

- L'endroit le plus extraterrestre?

C'est l'ancien tunnel de train, près de la brasserie Molson. On y a tourné des scènes de Jésus de Montréal, et au bout du tunnel, Claude Béland - un beau fou - a sculpté une grosse araignée sur une grande toile en métal, pour aucune raison en particulier. Mais l'entrée n'est pas évidente à repérer. Essayez de la trouver!

- La chose à ne jamais faire?

Ne jamais acheter une veste de laine en coton ouaté

ILLUSTRATION

Photographe: Aquin, Benoît

Coin Mont-Royal et Saint-Denis.

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