La Presse
Arts et spectacles, jeudi 26 juin 2003, p. C1

Opération Grande Séduction

Dumas, Hugo

NOM DE L'OPÉRATION: La Grande Séduction. Chef de mission: Jean-François Pouliot. Nombre de participants: une ribambelle d'acteurs québécois, dont David Boutin, Raymond Bouchard, Lucie Laurier, Benoît Brière et Pierre Collin. Objectif: enjôler les Québécois. Date de lancement: 11 juillet.

Les Français ont vu le film à Cannes pendant la Quinzaine des réalisateurs et il reste exactement 15 jours avant la sortie en salles de la comédie dramatique La Grande Séduction, le premier long métrage du réalisateur Jean-François Pouliot. Heureuse coïncidence, superstition ou stratégie militaire calculée? Difficile à dire. Chose certaine, les préparatifs entourant le déclenchement de l'opération Grande Séduction vont rondement. Hier soir, au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, une poignée de spectateurs triés sur le volet, dont la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, et le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, ont assisté à la première du film produit par Luc Vandal et Roger Frappier.

Parmi les invités, on a pu voir Dominique Michel, Karine Vanasse, Rita Lafontaine, Jean-Nicolas Verreault, Marc Béland, Bruno Blanchet, Clémence Desrochers, Louis-Georges Girard, Isabelle Cyr ainsi que la députée fédérale Liza Frulla.

La soirée a été animée par l'humoriste Martin Petit, qui a égratigné le gouvernement libéral nouvellement porté au pouvoir. "On vient d'avoir la Grande Élection, mais pour plusieurs, cela a été la Grande Déception", a-t-il blagué. Avant de présenter la ministre Line Beauchamp, Martin Petit a demandé à la foule: "Avez-vous vu la ministre hier? C'est elle qui tournait les boulettes dans la publicité de Jean Charest sur le bord du lac." Mme Beauchamp, bonne joueuse, a répliqué que ce n'était pas elle qui faisait cuire les fameuses boulettes dans la publicité, mais plutôt sa collègue Carole Théberge, la ministre déléguée à la Famille. Voilà pour le volet gastronomique de l'histoire.

Avant la projection, les comédiens enchaînaient les entrevues sur La Grande Séduction, un film qui dépeint la vie dans le minuscule village de Sainte-Marie-la-Mauderne, planté sur une île, où les habitants sont en majorité des ex-pêcheurs qui ne survivent qu'avec l'aide sociale. Leurs misères pourraient cependant s'adoucir. Car un promoteur songe à implanter une usine de fabrication de pots de plastique à Sainte-Marie-la-Mauderne, mais il pose une condition: un médecin doit accepter d'y vivre pendant cinq ans. C'est à ce moment que le village met en branle l'opération séduction afin d'attraper dans ses filets le bon docteur de la grande ville (David Boutin).

"J'espère que les gens vont tomber en amour avec les personnages. C'est ça qui me ferait le plus plaisir, que les gens s'attachent à des être humains qu'ils ont aimés", explique le réalisateur Jean-François Pouliot, qui oeuvre dans le monde de la publicité depuis 20 ans. C'est lui qui réalise, depuis 12 ans, toutes les réclames de Bell mettant en vedette le personnage de Monsieur B, incarné par Benoît Brière. Il a aussi tourné des pubs pour Ikea, McDonald's et Loto-Québec.

Dans La Grande Séduction, Raymond Bouchard incarne Germain Lesage, une des trois têtes fortes (avec Benoît Brière et Pierre Collin) qui magouillent en cachette afin de convaincre le docteur de rester à Sainte-Marie. "On amène tout le village à essayer de séduire le médecin. Germain Lesage va un peu bardasser tout monde et décider qu'on va en avoir un médecin à tout prix, indique le comédien. C'est un film tellement sympathique. À Cannes, il a marché super fort. Les personnages sont attachants. C'est pas slapstick ou une comédie en bas de la ceinture."

Benoît Brière, lui, joue Henri, le banquier du village, un des seuls salariés de la place et le mouton noir de sa famille. Les gens de Sainte-Marie n'aiment d'ailleurs pas beaucoup Henri. "Ce qu'il fait, c'est qu'il change les chèques de BS. Il a une quête très personnelle dans le processus de survie de son village, parce que si ça marche, les gens vont peut-être le respecter davantage, souligne Benoît Brière, qui tient à mettre les cinéphiles en garde. Je préviens le spectateur: oui, il va rire. Mais, c'est une comédie dramatique. Il ne faut pas s'attendre à venir voir Les Boys. Je n'enlève rien aux Boys et ce n'est pas anti-Boys ce que je dis là. Je dis simplement que c'est bien différent. Je préfère que le public soit prévenu."

Dans le rôle de la postière du village, "c'est elle qui remet les chèques de BS", on retrouve Lucie Laurier, une des rares à occuper un emploi à Sainte-Marie. "Je suis peut-être le personnage qui est le plus résistant à entrer vraiment dans le grand jeu de la séduction. On a l'impression que je vais représenter la séduction dans le film, mais ce n'est pas vrai. Je suis la plus résistante, mais sans être insensible aux charmes de David Boutin (le médecin)", explique-t-elle.

Le médecin en question, habitué au luxe et qui "nage dans le cash", n'a pas vraiment le goût d'échoir à Sainte-Marie, un trou à ses yeux. "Ça ne l'intéresse pas. Pour une raison X, il va y aller pour un mois. Il veut faire son mois et s'en revenir au plus vite, mais il va peut-être y prendre goût", note David Boutin, qui part bientôt en Albanie pour tourner le film Littoral de Wajdi Mouawad.

La Grande Séduction a été tournée à Harrington Harbour, sur la Côte-Nord. Plusieurs des comédiens et techniciens ont logé chez l'habitant pendant le tournage. "Les gens du village étaient super contents que l'on soit là et ils étaient vraiment sympathiques", se rappelle Lucie Laurier, que l'on verra bientôt à la télé dans Virginie, Fortier et Cauchemar d'amour.

Guy Gagnon, patron du distributeur Alliance Atlantis Vivafilm au Québec, est convaincu que le film va bien fonctionner dans les salles cet été. "Ça va être une belle surprise. Ça va être un gros succès au box-office, je suis certain. C'est un feel good movie. Il y a des scènes qui sont touchantes, des scènes drôles. Déjà, il y a une grosse réaction sur la bande-annonce qui joue dans les salles", note M. Gagnon, en ajoutant que La Grande Séduction sera projetée sur environ 80 écrans. Alliance prédit entre deux et trois millions au box-office.

Le producteur Roger Frappier espère que son film battra les blockbusters, ces "films américains qui sortent semaine après semaine et qui sont faits uniquement pour une consommation rapide", dit-il. "La Grande Séduction est un film drôle qui a une véritable histoire et qui va toucher les gens et les faire rire", précise Roger Frappier.

Illustration(s) :

Chamberland, Martin

Pierre Collin et Raymond Bouchard dans une scène de La Grande Séduction, qui était projeté en première, hier soir, à la Place des Arts.

Lucie Laurier, David Boutin et Benoît Brière entourent le réalisateur de La Grande Séduction, Jean-François Pouliot.

Catégorie : Arts et culture
Sujet(s) uniforme(s) : Cinéma; Radio et télévision
Taille : Long, 817 mots

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Doc. : 20030626LA0065




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